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Préambule
Promouvoir la culture scientifique et technique est une préoccupation à
l'ordre du jour. A mesure que nos sociétés se technicisent, un décalage de
plus en plus grand apparaît entre les moyens scientifiques et techniques
qu'elles mettent en œuvre, et la façon dont ces moyens sont utilisés,
connus, compris par la plupart des citoyens. II s'agit là, surtout dans un
pays de culture littéraire comme le nôtre, où, dit-on, l'industrie est
malaimée, d'un véritable hiatus culturel. Les musées scientifiques et
techniques sont des outils traditionnels pour tenter de combler ce fossé.
Dans les pays industrialisés, de tels musées se multiplient. Chaque ville
importante, Liverpool, Milwaukee, Dallas, Oakland. .. tient à avoir son
musée, souvent juxtaposé au musée d'art, et intégré dans la vie culturelle
de la communauté. Les formules se diversifient : ici musée d'exploration, là
musée pour enfants, ailleurs, exposition centrée sur un seul thème
scientifique.
Les pays en voie de développement, eux, commencent à construire leur premier
musée national des sciences et techniques, tout comme, il y a deux siècles,
la France a construit le Conservatoire National des Arts et Métiers.
Or, c'est le moment-où, en France, un président de la République décide (et
son successeur confirme cette décision) de construire à La Villette un
gigantesque temple voué à la Science et à l’industrie. Pourquoi ? Ne
fallait-il pas récupérer « la gigantesque carcasse des abattoirs de La
Villette, scandale politico-financier des années 60, en lui trouvant un
noble usage ... ? (cf. p. 103). Lors de l'arrivée de la gauche au pouvoir, «
il fut rapidement officiel que la décision était irrévocable, et que La
Villette constituerait un des grands ouvrages du nouveau septennat ».
Ce projet a été confié par le gouvernement à une équipe qui a publiquement,
en février 1982, exposé l'état d'avancement de ses projets et invité à la
discussion.
Le Groupe de liaison pour l'action culturelle scientifique est
né, il y a huit ans, de la constatation du décalage croissant entre culture
et science, et d'un souci.de recherche pour le combler. Provoquant la
rencontre entre scientifiques et non-scientifiques, il explore concrètement
les possibilités de communication, les blocages el les stratégies de
contournement.
Il s'est notamment intéresse aux musées de la science, qu'il a explorés de
façon assez systématique.
A la suite des Journées de février, le Groupe de liaison a créé un groupe de
travail associant des personnes de sensibilités diverses : auteurs
d’ouvrages ou de réflexions, acteurs d'expériences sur le partage du savoir
scientifique, membres du Centre de recherche sur la culture technique ...
Ce groupe de travail n'est donc pas identifiable au seul Groupe de liaison.
Nous avons dû travailler rapidement : des décisions concernant la Villette
devaient être prises au début de l'été.
Le fruit de nos réflexions, réuni dans la présente plaquette, a été présenté
publiquement, au Collège de France, en juin 1982. Pour poursuivre le
dialogue, nous avons demandé aux lecteurs de réagir par écrit à notre texte :
des marges étaient prévues à cet effet. Cette seconde édition est donc
enrichie de remarques reçues, et placées soit en marge, soit à la fin. Nous
n'avons cherché ni à gommer les contradictions, ni à récuser les critiques,
laissant au lecteur le soin de construire sa propre opinion. Notre ambition
est, par ce livret, d'alimenter la réflexion; de susciter des réactions,
voire même de faire naître des idées nouvelles.
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