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  Bulletin n° 19

Le Salon de Madame du Deffand High-Tech


Comptes-rendus des rencontres et débats de Trouville en juin 1990.

Ci-après, ont été extrait de cet ouvrage les chapitres suivants :
Introduction, En quête de repères, Le Salon s'organise, Une maïeutique sans maître puis la Table des matières.

Ces extraits permettent d'avoir une première approche de l'ouvrage et de son contenu.

 

(document "pdf" - 5,5 Mo - 107 pages - N&B et couleurs) (revu pour le web - voir info en page de garde)
  


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  Introduction

Chaque salon avait son style, ses habitués. Le Salon de notre égérie, Madame du Deffand, belle dame intelligente et aveugle, assagie après une jeunesse tumultueuse,
était caractérisé par la variété de ses visiteurs et par un ton, ironique et léger. Amie de longue date de Voltaire et, dans sa vieillesse, fort attachée au jeune écrivain anglais Horace Walpole, elle aimait l´intelligence dans la mesure où celle-ci restait toujours sous le contrôle de l´esprit, pour elle étaient interdits les discours pédants, pompeux ou moralisateurs...

Notre Salon a réuni pour sa part, pendant plus de deux années, une trentaine de personnes fort diverses, habitués du Groupe de liaison ou amis de récente date : gens de lettres et gens de sciences, ignorants et savants, jeunes et moins jeunes, parisiens et provinciaux, cartésiens et baladins, croyants et mécréants. Sa règle a été, dans toute la mesure du possible, une écoute réciproque, un exercice de culture et d´urbanité, et le respect d´une ignorance métissée de curiosité.

 


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  En quête de repères

L´initiative et la démarche n´étaient pas mondaines, mais inquiètes et ambitieuses, sur le fond comme sur la forme. C´était une quête de repères et de sens pour notre temps, où les avancées fulgurantes de la science bouleversent nos visions du monde, nos références culturelles, nos valeurs, et jusqu´à notre façon de vivre et de mourir. Le fil conducteur du Salon n´a jamais varié : face aux transformations de nos paysages culturels, quels regards jeter sur nos valeurs, comment nous situer dans notre Univers aujourd´hui ? Mais les chemins empruntés ont souvent été tortueux.

Fidèle à la tradition du GLACS qui se veut un lieu de rencontre entre science et culture, pour le bénéfice si possible du plus grand nombre, le Salon de la Marquise s´était fixé, comme horizon lointain, la réalisation
d´une manifestation de qualité destinée au grand public.

Les habitués du Salon, réunis par une volonté délibérée ou le hasard de rencontres autour de questions communes, tantôt clairement énoncées, tantôt vécues dans l´imprécision comme autant de sourdes inquiétudes, ont eu le sentiment d´être suffisamment divers pour représenter la variété des attitudes et des interrogations d´un grand nombre de nos concitoyens. Notre pari était qu´à travers des itinéraires personnels ou des explorations plus collectives pourraient se dessiner des pistes, s´élaborer des méthodes susceptibles d´aider d´autres que nous-mêmes à se situer dans les nouveaux paysages de notre temps.
 


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  Le Salon s'organise

Le GLACS, dans ses pérégrinations culturelles, s´est toujours interrogé sur la science
- celle qui se fait, qui se montre, qui agit. Chez Madame du Deffand High-Tech, la science est restée la première invitée, certes, mais pas l´unique. D´autres modes de connaissance, philosophiques, métaphysiques, voire religieux, ont été pris en compte, avec le souci constant, toutefois, de ne pas opérer de confusion, d´éviter tout syncrétisme*.
[*Syncrétisme mélange de doctrines ou de systèmes combinaison peu cohérente, à la différence de l´éclectisme (d´après le Petit Robert)]

Pour guider le cheminement de ses futurs invités, Madame du Deffand High-Tech leur avait proposé le vaste cadre des trois infinis qu´explore la science : l´infiniment petit de l´atome, l´infiniment grand de l´Univers, l´infiniment complexe de l´être vivant. C´est là que la science en ses confins croise nécessairement d´autres approches, d´autres savoirs que les siens. Dès l´ouverture du Salon, des groupes se constituèrent par affinités électives autour de questions qui trouvèrent leur place dans ces régions extrêmes. Ces groupes, ou “petits Salons”, se dénommèrent “Mécanique quantique et réalité”, “Représentations de l´Univers”, “Biologie, vie et mort”.

Le fonctionnement et le mode de travail étaient laissés à l´initiative de chaque groupe. Une règle toutefois : le parti proposé n´était pas, selon la coutume, de demander à des détenteurs de savoir de vulgariser des connaissances
du haut vers le bas mais d´imaginer une démarche ascendante, à partir des interrogations ou craintes des membres du Salon, dont bon nombre représentent un public tout à la fois désorienté et refusant de s´en remettre aveuglément à ceux qui sont censés savoir. Les thèmes abordés ont plutôt résulté des questions introduites en tâtonnant par les uns et par les autres que d´un schéma préétabli. Cette méthode a entraîné les groupes dans des méandres parfois déconcertants, mais s´est révélée fructueuse.

 


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  Une maïeutique* sans maître

[* Maïeutique : méthode par laquelle Socrate, fils de sage-femme, se flattait d´accoucher les esprits des pensées qu´ils contiennent sans le savoir. En pédagogie, méthode suscitant la réflexion intellectuelle (Petit Robert)].


Le premier groupe, “Mécanique quantique et réalité,” s´est attaqué à une des questions les plus difficiles, les plus subtiles de la science contemporaine. Nous avions entendu dire que dans le monde du plus petit que l´atome, surgit une image de la réalité totalement différente de ce qu´elle est dans notre monde quotidien. Les physiciens, pour la comprendre, ont créé un langage ardu : la Mécanique quantique. Serions-nous en mesure, sans le recours à des mathématiques inaccessibles pour nous, de comprendre quelque chose à cette mécanique quantique, qui pourrait nous amener à des questions plus fines sur la réalité, aux frontières de la science et de la philosophie, et à une vision du monde plus riche et plus complexe ?
Mais scientifiques et philosophes consultés se sont en quelque sorte renvoyé la balle. La tâche a été rude pour ce valeureux petit groupe, qui a souvent l´impression de se livrer à une partie de cache-cache dans le noir, face à des discours qui sans cesse se dérobent.

Le groupe “Représentations de l´Univers”, le plus nombreux, s´est constitué autour d´intentions assez hétérogènes. Les uns étaient mus par un désir pragmatique, immédiat, de confronter, à propos des origines, le discours des sciences, des mythes et des religions. Que peut-on leur demander ? Y a-t-il dérapage, abus ? Les autres avaient un souci, plus savant peut-être, d´associer les sciences humaines à la quête de repères de Madame du Deffand. Il s´agissait d´étudier, dans diverses cultures ou religions, le lien existant entre les représentations de l´Univers et la relation de l´homme au monde qui l´entoure et à la communauté dans laquelle il vit.
Sur une sorte de consensus un peu flou, au gré des curiosités et des lectures de ses membres, la petite troupe s´est lancée dans une exploration de diverses visions du monde, anciennes ou contemporaines. Partie de civilisations lointaines dans le temps et dans l´espace, qu´elle pouvait visiter avec sérénité, elle buta sur des embûches dès lors qu´elle aborda des questions plus proches touchant à notre propre fonds culturel, ou aux appartenances et traditions religieuses de ses membres.

Le troisième groupe, “Biologie, Vie et Mort”, a démarré sur la prise de conscience, assurément perturbante, que la science aujourd´hui gagne l´homme de vitesse. La biologie atteint l´homme dans ses fibres les plus intimes, elle est en train de bouleverser nos façons de naître, de vivre, de mourir. Ce groupe au parcours malaisé a voulu explorer quelques- unes des questions posées par ces avancées, pour cerner comment notre société, et les personnes qui la composent, y font face. Il a dû se rendre à l´évidence : dès qu´on touche à l´être humain, tous les problèmes s´imbriquent, les aspects techniques, éthiques, politiques, financiers, religieux, se mêlent et parfois entrent en conflit, d´où le désarroi des individus et le malaise de la société. La nécessité de réinventer des consensus, c´est à dire une culture, s´impose. Sur quoi la fonder ?

Le temps passe... Les explorateurs de la Mécanique quantique, quittant leurs mentors, s´essaient à formuler par écrit leurs trouvailles et leurs étonnements ; ceux des Représentations de l´Univers découvrent qu´au-delà d´une démarche intellectuelle, leur attitude intérieure s´est modifiée, comme s´ils avaient amorcé une réconciliation entre raison et imaginaire ceux de Biologie, vie et mort décident d´enrichir la démarche collective par une recherche iconographique pouvant illustrer les bouleversements que les prouesses de la biologie provoquent dans notre culture.

Le moment est venu de passer à une autre étape, et peut-être d´envisager une production destinée à un public élargi. Il s´agit de fondre les petits Salons en un seul groupe, afin de leur permettre de s´identifier à une entreprise collective. C´est pourquoi Madame du Deffand High-Tech, au printemps 1990, a réuni son Salon à Trouville. A un petit nombre d´invités extérieurs, les habitués du Salon ont proposé leurs questions et demandé des informations permettant à tous d´acquérir une culture minimale commune, sans laquelle il serait vain d´envisager un projet commun.

C´est cette réunion de Trouville, à la fois riche et disparate, qui fait l´objet du présent document.
 


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  Table

Remerciements
Histoire d´un Salon (Marie-Simone Detœuf )

De la conversation à l´écriture (Yves Roussel)
Familiers et invités du Salon

Première Séance
La science, de quoi s´agit-il ? Comment fonctionne-t-elle ?
Avant-propos
Exposé - Etienne Guyon
Le Salon quantique - Maïté Lenoble
Discussion

Deuxième Séance
Les mythes, le religieux et le monde moderne
Avant-propos
Exposé - Jacques Audinet
Discussion
Le Ciel et la Terre - M.S. Detœuf, M. Froissart, V. Toulet-Blanquet
Discussion

Troisième Séance
Science et éthique : le cas de la biologie
Avant-propos
Exposé - Herbert Marcovich
Discussion
Images de la vie et de ses commencements - Jean-Pierre Cousin
Discussion 95

Quatrième Séance
Expliquer le monde, rêver le monde
Avant-propos
Exposé - Souleymane Bachir Diagne
Discussion
Du Salon à l´Atelier - Marie-Simone Detœuf, Charles Nugue
 

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